Il fallut beaucoup de temps, parce qu’on ne regarde jamais vraiment ce qui nous entoure, avant qu’il ne prête réellement attention au fond d’écran de son ordinateur. Ce n’était pas un ordinateur neuf, il l’avait acheté dans une ressourcerie. Un ingénieur en informatique donnait des heures de son temps libre pour rénover des ordinateurs qui avaient servi. L’ordi était un assemblage de plusieurs pièces récupérées, et le fond d’écran n’appartenait à aucune marque. Il était de toute beauté, exemplaire unique et mystérieux. Il représentait un paysage qui s’amorçait par une longue plaine, pour aboutir à une colline, avec en arrière plan un ciel d’un bleu éblouissant. Au sommet de la colline se trouvait un arbre unique, un magnifique chêne, symbole de force. Comment ne pas tomber amoureux d’un paysage semblable, qui, chaque fois qu’on le regardait, faisait monter en soi un incroyable optimisme ?
Comment avait-il pu ne pas la remarquer tout de suite ? A moins, il le pensa plus tard, qu’elle n’y ait d’abord pas été ?
Toujours est-il qu’un jour, enfin, il la vit.
Elle était sur la colline, de profil, et elle faisait face à la bourrasque qui soufflait et retroussait sa robe.
Ce qui était curieux, c’était qu’il ne la voyait pas de manière précise, et pourtant son image s’imposait à lui avec une grande netteté. Une blonde au corps et au visage très fin, avec une expression mutine.
Plus il la regardait, plus il la voyait, avec une netteté qui n’appartenait en rien au fond d’écran, trop imprécis.
Elle finit par lui parler, et cela, paradoxalement, ne le surprit pas non plus.
– J’aimerais que tu viennes me rejoindre. On serait heureux toi et moi, ici, dans ce paysage idyllique.
De cela il en était convaincu. Un bonheur comme il n’avait jamais goûté. Il le sentait, il le percevait.
– Mais comment te rejoindre ?
– Si tu le souhaites de toutes tes forces, le miracle se réalisera.
Il y eut suffisamment en lui de cette force qu’elle évoquait, et il se retrouva au milieu de cette nature idyllique, le fond d’écran prenant dimension et réalité. Mais elle, il n’eut que le temps de l’entrevoir. Elle s’effaça, alors que ses dernières paroles s’inscrivaient dans son esprit :
– Je devais prendre mon envol, mais pour cela, être remplacée. Tu seras ici jusqu’au jour où quelqu’un viendra prendre ta place, comme moi je l’ai fait pour un autre.
Il comprit à quel point il avait été dupé.

Fond d’écran//Jérôme Bertin ©

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