A M.M.

Nous étions alignées et travaillions, comme à l’usine. Les sœurs nous obligeaient à coudre des besaces qui nous serviraient le dimanche, lors de l’unique sortie. Je voyais le dos des élèves qui se concentraient sur leur tâche, effrayées par la supérieure qui passait dans nos rangs et qui faisait voler les lanières de son martinet. Plus que les autres, j’avais peur : à chaque allée-venue, elle me susurrait à l’oreille des mots que je refusais d’entendre. Je repoussais ses avances, mais elle revenait me torturer, me promettant les pires brimades si je n’acceptais pas de la rejoindre, le soir, dans sa cellule.
J’étais une ouvrière zélée, la peau zébrée par son désir.
Cette nuit, je ne sais pas comment la chose est arrivée : ont-elles drogué ma soupe ? Je me suis réveillée, enfermée dans le pigeonnier, la bouche pleine de dents.

Canines et Flore 19 : Le pigeonnier//Céline Maltère ©

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