On ne me demande jamais comment j’en connais tant sur l’époque prérévolutionnaire, ni comment mes connaissances sont si pertinentes, réelles, et concernent tant le quotidien d’un honnête travailleur de la terre. Voilà qui est regrettable car je suis devenu un véritable spécialiste, bien plus érudit que nos bibliothécaires racleurs de poussières et autres spécialistes autoproclamés ; d’autant plus regrettable que l’on apprendrait que Dieu existe et qu’il existe aussi des voies divines transgressant le temps et l’entendement. Les monothéistes et les amateurs d’Histoire devraient m’interroger, mais j’imagine que désormais que je vais vous faire part de mon secret vous allez tenter de me contacter, pourtant ça sera en vain car je serai dédaigneux, c’est ainsi.
Désormais que Guillaume Martin est décédé je peux bien tout partager : Tout a commencé quand un homme s’est un jour écrasé à mes pieds. Tombé du ciel, venu de nulle part, il m’a littéralement écrasé les pieds.
Je l’ai ramené chez moi et je l’ai soigné car il paraissait très agité. Ce fut alors que dans une langue surannée il m’expliqua qu’il arrivait du XVIII° siècle, qu’il n’était pas au courant que les bourgeois avaient renversé la monarchie, il ignorait qui était Lavoisier et encore moins qu’il avait été raccourci par les cuistres, Napoléon lui était inconnu, etc. Il m’expliqua que dans son temps il recevait des missives de Dieu, directement chez lui, et que celui-ci lui avait expliqué que pour monter au ciel il devait simplement apprendre à nager, attendre une grosse averse et nager sur les flots pour remonter vers les nuages. Ce qu’en bon chrétien il fit ! Mais il dut subir la foudre qui le fit dévier du paradis à notre époque. De son périple céleste il est resté très silencieux, tout juste sais-je que le monde céleste est un océan dans lequel on peut respirer tout à son aise.
Je l’ai gardé chez moi douze ans, nous avons tant discuté que je connais tout des mœurs et coutumes de son siècle, mais désormais il est mort. Je l’ai placé dans une barque plantée à la verticale et tout à l’heure, tandis que la tempête s’est levée, l’esquif a dérivé vers le ciel et sa dépouille s’en est allée.

Le nageur du XVIII°//Francis Thievicz ©

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s