La boite de conserve était posée devant eux, au milieu de ce hangar où les deux hommes avaient trouvé refuge après l’Apocalypse. Ils l’avaient dénichée, prise miraculeuse, dans une maison pillée comme les autres, oubliée là au fond d’un placard.
Des pêches au sirop.
Elle était posée là, et ils la regardaient depuis plusieurs jours, obnubilés par elle. Plus tentante qu’une strip-teaseuse s’effeuillant, dans le monde où ils vivaient autrefois. Il n’y avait plus de strip-teaseuses aujourd’hui. Que cette boite, unique objet de leurs désirs.
« Elle est sans doute périmée. Regarde, elle est toute gonflée. »
Difficile de lire une date de péremption sur l’acier de la boite, il ne restait qu’une marque imprimée indistincte, qui pouvait être n’importe quoi.
« Tant pis si on en crève, c’est mieux que des racines et des baies, tu crois pas ? »
Un souvenir de ce qu’avait été la civilisation et ce confort qu’ils avaient cru éternel remonta en eux, leur procurant autant de bonheur que d’amertume. Avaient-ils été si stupides de penser que tout pouvait ainsi être acquis pour l’éternité ?
Dilatée à l’extrême par les gaz qu’elle contenait, la boite explosa, projetant alentour du liquide et des fragments de pêche.
Ils échangèrent un long regard dans lequel se lisait une manière de désespoir.

Boite de conserve//Jérôme Bertin ©

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