Aristide me trouva à genoux. Il ne me croyait pas capable de renoncer à la lune. Nous avions eu ensemble de longues conversations, et il m’avait juré que tout était possible. Cependant, quand il arriva, j’étais la suppliante à la chapelle, ma sublime protectrice, gardienne de mes prières. Je ne lui jetai pas un regard mais, sentant sa présence, je lui dis :
« C’est décidé. Je me lance dans la défixion. »
Il me reprocha d’en vouloir à la terre entière. Il ne fallait pas envisager un tel voyage pour prendre une revanche sur le reste. La malédiction et les sorts… Il craignait ces superstitions. Il sortit de la pièce, levant les bras au ciel, et me laissa à ma dévotion.
Je m’endormis à la lueur des multiples résurrections gravées sur mon autel, calculant le prix de mes haines.

Le lendemain, il ne me rendit pas visite. Habituellement, il s’agenouillait avec moi, griffonnait les vœux à nos saints pour me montrer sa bonne volonté. Pourquoi n’était-il pas venu ? J’eus peur, soudain, qu’il m’abandonne.

Et puis, le lundi, il revint. Il me trouva dans la même pose. Il s’assit près de moi, ouvrit sa paume. ‒ Je le vis, cet oriolampas, qui n’avait rien d’une pierre de lune, mais qui me redonna l’espoir. Je ne voulais plus ni prier ni mourir.
« Renonces-tu à ta magie noire ? »
J’avais le poinçon et le plomb, ma vengeance au bord du cortex. Le fossile qu’il tendait me détournait des mauvaises pensées.
« Regarde, cette pierre est un bienfait. Goûte-la, et tu verras. »
Je la pris, la posai sur ma langue. Ma chapelle n’appelait pas au mal. Aristide me sourit, me voyant apaisée :
« Le vaisseau nous attend, partons. »
Il me promettait encore ce voyage sur la lune ! Pourquoi me tourna-t-il le dos ? Il s’éloignait déjà, sûr que j’allais le suivre.
Je saisis un objet dissimulé derrière l’autel. Staccatos ! Les cloches et le verre éclatèrent, les reliques sous la mitraille.
« Je te suis ! » répondis-je à mon seul ami, troué par la kalachnikov.

Je sens toujours, au creux de mon abdomen, l’oriolampas qu’il m’a offert. Ma rage est contenue, je n’ai plus aucun espoir. J’ai détruit la chapelle et je n’irai pas sur la lune puisque Aristide est mort.
« Priez pour moi, Saint Molotov. »

Canines et Flore 18 : Oriolampas//Céline Maltère ©

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