« Voyez son regard, comme il semble séducteur.
– Comment pourrait-il en être autrement ?
– Voilà ! Comment pourrait-il en être autrement. Elle excelle dans l’art de mystifier, d’user de fourberie, de langueurs lascives, de fatuité perfide. C’est une femme qu’il devait devenir pour avoir le moins d’efforts à faire.
– « Une femme qu’il », mais que voulez-vous donc dire par là ?
– Etes-vous donc si aveugle ? C’est votre chat !
– Mon chat ?
– Votre chat a bien disparu ?
– Certes, mais je le pensais mort. Non ?
– Mort ? Eh quoi ? Vous semblez m’accuser ! Je ne goûtais guère ses espiègles manières, certes, ses poils souillant mes pantalons, certes, ses ronronnements stressants, certes, mais c’était parce que je savais qu’il était de la famille des sorciers de Vernon, un polymorphe, une engeance démoniaque ; voilà pourquoi je n’ai jamais voulu me trouver dans la même pièce que lui. C’est un esprit malin attaché à la demeure dans laquelle vous avez emménagé, il était déjà là avec les précédents locataires qui ont fini tous deux pendus. Même la diseuse de bonne aventure me l’avait confirmé, je vous en avais fait part.
– Certes.
– Et n’avez-vous pas remarqué que votre chat, lorsqu’il a disparu, a aussi embarqué vos pièces en or, votre montre ainsi que sa chaîne en argent, sans oublier votre précieuse chevalière ?
– Je pensais à un vol et à une coïncidence.
– Il n’y a aucune coïncidence. Voyez la bague de cette femme, elle a dû faire fondre votre chevalière. La montre lui a servi à s’acheter cette toilette et son ombrelle en fine dentelle. La chaînette de sa capeline est similaire à la vôtre. Le chat aux apparences d’humain tente de vous amadouer, puis il va vous mener à la folie et vous allez mal finir : pauvre, vésanique… »
Je continuai ainsi jusqu’à ce que nos nerfs soient assez ébranlés pour que le meurtre de la demoiselle paraisse louable et aller de soi. Évidemment ce fut mon ami qui fut accusé, car je lui avais aussi volé son pistolet… Et, après tout, il était le seul humain retrouvé sur les lieux si l’on excepte le cadavre.

Une maison est désormais à louer//Francis Thievicz ©

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