Vérain B. Stocke prit place derrière une console. Il s’amusa d’abord à faire danser les branches : les femmes montaient et descendaient lentement, comme dans un drôle de carrousel. A chaque mouvement, elles émettaient un faible couinement qui fit grimacer plusieurs fois l’émissaire de l’émir.
« C’est un réflexe, elles n’ont pas mal ! le rassura Vérain. Et puis, je leur injecte une telle dose de calmant qu’elles seraient bien incapables de comprendre ce qui se passe. Regardez, j’accélère. Je vous prie de reculer un peu. »
Il tira vers lui un levier qui fit tourner plus vite le gynophore. Leurs jambes nues se balançaient dans tous les sens, laissant apercevoir l’intérieur de leurs cuisses, mais à très grande vitesse.
« Comme c’est beau ! s’extasia Krugel.
– J’avoue être très fier. »
Vérain ralentit le rythme et fit progressivement cesser le tourniquet. La chevelure des femmes délicieuses retomba dans leur dos.
« Quand ouvrent-elles les yeux ?
– Sur commande, simplement. C’est un mélange habile et minutieux que leur injectent ces ramures. Venez toucher la peau de l’une d’entre elles. »
Impressionné, il approcha. A l’invitation de Vérain, il passa ses doigts sur la hanche d’une femme albâtre, et il crut caresser le duvet irréel dont serait cousu un autre monde.
« Magique… Je n’ose imaginer l’étreinte. »
Krugel était troublé, mais il n’était qu’un serviteur. Il toussota, reprit :
« Si nous achetons le gynophore, assurerez-vous la maintenance ?
– Je garantis le suivi de la machine durant cinq ans. Elle sera alimentée régulièrement. Sur place, vous aurez trois manœuvres que j’ai formés avec le plus grand soin. Ils remplaceront immédiatement toute pièce défectueuse.
– Il nous faudra tout de même un mode d’emploi…
– Vous vous croyez peut-être aux Galeries Lafayette ? Vous me prenez pour un gougnafier ? »
Krugel rougit, bredouilla des excuses. Un silence gêné s’installa, que Vérain B. Stocke brisa :
« Commande payable pro forma.
– Pour la forme, comptant à l’achat ?
– Vous êtes trop terre à terre. Certes, vous règlerez sans délai ‒ mais au nom de la beauté ! »

Canines et Flore 17 : Le gynophore (2)//Céline Maltère ©

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